La doublure ou la Sony RX0 Mark II

Sortie au milieu de l’année dernière, la Sony RX0 II est passée relativement inaperçue. Etait-ce à cause de son format qui l’assimile d’office à une action cam (une GoPro de plus ?), de son côté inclassable (beaucoup l’ont envisagé comme une caméra pour Youtubeurs), ou de son prix relativement élevé ? Intrigué, j’ai contacté Sony pour en obtenir un exemplaire de test afin de définir quelle place cette caméra pouvait avoir dans le workflow d’un vidéaste. Y a-t-elle seulement sa place ?

J’ai toujours adoré les caméras qui tiennent dans la poche. De la première Flip à la Kodak Zi8, elles correspondaient à mon activité, comme celle de voyager constamment avec une caméra pour réaliser les capsules vidéo d’une certaine webTV. Avec l’avènement des smartphones, l’objet même de la caméra de poche a perdu tout son sens, puisque chaque téléphone portable devenait une caméra en puissance. On aurait pu croire à la fin de la “pocket camera”…

Puis il y a eu les GoPro et autres caméras d’action, de nouveaux acteurs arrivant encore aujourd’hui sur le marché. J’ai déjà évoqué la récente DJI Osmo Pocket, cette caméra stabilisée d’une trentaine de centimètres, mais la proposition de Sony avec la Sony RX0 II est très différente, même si elle prend une forme très similaire.

Petit mais costaud

Héritière d’un premier modèle sorti en août 2017, la Sony RX0 II est compacte, avec ses 59×40,5x35mm. Elle se veut aussi résistante aux chutes de 2 mètres ou à l’écrasement jusqu’à 200 kg – elle est également étanche et peut supporter une immersion jusqu’à 10 mètres de profondeur. Enfin, elle offre un enregistrement 4K/UHD à 100mbps. Des spécifications qui pourraient faire croire à une GoPro de plus ? Là où la caméra de Sony se différencie, c’est d’abord dans son objectif, un 24mm fixe à ouverture f/4, qui n’est donc pas un grand angle. La qualité d’image qu’offre son capteur de 1″, assorti du tout dernier processeur Bionz X, est aussi très différente.

Une belle qualité d’image dans un format de poche, oui, mais pour en faire quoi ? J’ai emporté la Sony RX0 II sur mes différents tournages l’espace de quelques semaines et j’ai pu la mettre à l’épreuve dans différentes situations : en interview, en mode point & shoot, en voyage, pour prendre des photos… Elle s’adapte assez bien aux différents cas de figure, malgré certaines limitations.

Mais là où la Sony RX0 II a pour moi le mieux trouvé sa place, c’est en complément d’un autre appareil Sony. Dans mon cas, il s’agissait d’un A6500 mais je pense que cela doit aussi être valable pour les différents Sony Alpha. Si comme moi, vous partez en tournage seul avec l’ensemble de votre matériel sur le dos, vous n’avez pas toujours la possibilité d’emporter un second appareil pour faire un tournage à deux caméras. D’abord, il faut disposer d’un deuxième appareil, puis il faut trouver la place dans son sac et supporter le poids supplémentaire. Cette Sony RX0 II est une alternative à toutes ces questions.

Dans le cadre d’une interview, avec un objectif 30mm sur mon Sony A6500 et le 24mm plein format de cette Sony RX0 II, je disposais d’un setup à deux caméras avec une qualité d’image suffisamment proche entre les deux pour qu’elles s’enchaînent sans mal dans le résultat final. Filmer une conférence ou une table-ronde à plusieurs caméras devient également plus facile en l’utilisant comme une caméra fixe. Sa taille fait de toute façon qu’elle se glisse dans n’importe quel sac très facilement et ses 132 grammes se font immédiatement oublier !

Seul problème dans ces situations qui peuvent demander plusieurs dizaines de minutes d’enregistrement continues, l’autonomie de la RX0 II. Elle est malheureusement assez faible et il ne faudra pas espérer filmer plus d’une heure en 4K. Heureusement, il est possible de prolonger cette autonomie en branchant une batterie USB externe ou en changeant simplement la batterie de la caméra (puisqu’elle est interchangeable). J’ai ainsi pu filmer trois heures en continu avec l’aide d’une batterie externe. La caméra chauffait un peu mais ne s’arrêtait pas, là où mon A6500 aurait largement demandé à faire une pause.

Dans tous les cas, la qualité d’image promise est au rendez-vous, tant en vidéo qu’en photo, même en basse lumière. Obtenir un tel résultat sur une caméra de cette taille m’a surpris plus d’une fois.

La perfection n’existe pas

La Sony RX0 II vient cependant avec son lot de contraintes. Par exemple, sa focale de 24mm est fixe il ne faut donc pas espérer zoomer facilement. On peut quand même tricher un peu en utilisant la fonctionnalité “Clear Image Zoom” de Sony, qui permet de zoomer numériquement dans l’image (jusqu’à x1,5 en 4K) sans trop perdre en qualité.

Autre inconvénient, la Sony RX0 II ne dispose pas de stabilisation. Enfin si, elle propose une stabilisation numérique, mais celle-ci n’est pas du tout à la hauteur de ce que propose GoPro ou DJI dans leurs derniers modèles. On peut certes améliorer le résultat en passant par une application mobile, mais qui a envie d’envoyer ses vidéos sur son smartphone pour les stabiliser ? Par ailleurs, les résultats ne sont toujours pas fantastiques…

Une autre faiblesse de la caméra est son absence de mise au point en continu une fois la prise de vue lancée. Si on commence à filmer et que la mise au point est mal réglée, l’image sera floue de bout en bout. Si on filme une personne qui se déplace dans le cadre, elle deviendra floue elle aussi… Je n’ai pas eu de problème dans le cadre d’une interview ou pour la captation d’une conférence, les sujets restant à peu près fixes, mais c’est sans doute la limitation la plus handicapante pour moi.

Enfin, malgré sa compacité, elle reste à mon goût un peu trop épaisse pour rentrer facilement dans une poche de pantalon, même si elle se jette très facilement dans la poche d’une veste.

Malgré tout, une fois qu’on a appris à prendre en compte ces différentes contraintes, on arrive à dompter la bête et à la mettre au service de toute une série d’usages. Elle dispose en plus de fonctionnalités intéressantes, comme une prise mini-jack permettant de brancher un micro externe, un mode ralenti en full HD à 100 images/seconde ou la possibilité de retourner son écran (non-tactile) à 180°, ce qui permet de garder un œil sur l’image même dans les endroits les plus étroits.

En termes d’ergonomie, tout n’est pas parfait. Habitué des menus Sony, j’ai été un peu frustré de les retrouver à l’identique sur la Sony RX0 II. Pourtant, je les utilise sur un Sony RX100 et sur un A6500 ! Le bon point, c’est que les options sont nombreuses et il y a des réglages à foison. Mais devoir naviguer à travers en utilisant les six boutons que compte la caméra sur un écran tout de même très réduit est loin d’être aisé ! On est à mille lieux d’un menu user friendly tel que celui de l’Osmo Pocket par exemple, avec son écran tactile. Faire des réglages de manière rapide devient un véritable challenge… Je croise les doigts pour que la prochaine version de la RX0 dispose d’un écran tactile et d’une interface repensée.

Comme avec un Sony Alpha, on peut aussi utiliser sa RX0 II via l’application habituelle de Sony Imaging Edge Mobile. On peut ainsi disposer d’un retour écran sur son smartphone ou régler quelques paramètres plus rapidement (mode de prise de vue, ISO, focus, balance des blancs…). On peut d’ailleurs contrôler jusqu’à cinq caméras RX0 II via cette application, ce qui va dans le sens de la captation de conférences ou d’événements que j’évoquais plus haut.

Pour terminer le chapitre des regrets, j’évoquerais l’absence d’un cache pour éviter les traces de doigt sur la face avant qui couvre l’objectif. Il y aussi des choses que je n’ai pas réussi à faire, peut-être parce que je ne les ai pas trouvé dans les menus, comme garder l’écran allumé pendant l’enregistrement (il se coupait après une minute, même si l’enregistrement continuait) ou d’enregistrer des ralentis de plus d’une vingtaine de secondes. Preuve que l’ergonomie est améliorable…

Verdict : une doublure qui a de l’allure

Oui, la RX0 II a de nombreuses faiblesses. Je pense que j’ai passé plus de temps à les énoncer qu’à dire du bien de cette caméra. Alors, le positif éclipse-t-il tous ces aspects négatifs ? Pour environ 800 euros, Sony offre la possibilité d’ajouter un minuscule compagnon à son appareil principal afin de réaliser des prises de vue à plusieurs caméras dans différentes situations sans rogner sur la qualité d’image. En soi, c’est quelque chose qui pourrait intéresser tout vidéaste et je dois l’avouer, j’ai moi-même été séduit par la proposition.

La RX0 II n’est pas pour autant une caméra qui conviendra à tout le monde, ni à tous les usages. Mais aucune caméra ne l’est actuellement. Que ce soit la dernière GoPro ou la DJI Osmo Pocket, elles sont toutes limitées à certaines situations et essayer de les utiliser hors de ces contextes bien particuliers les rendent peu pratiques. De mon côté, si je me vois mal utiliser la RX0 II comme caméra principale, elle ferait une excellente doublure à mon Sony Alpha sur le long terme.

Reste que l’actualité fait que Sony est aujourd’hui son propre concurrent. Sorti à l’automne, son A6100 offre lui aussi la 4K/UHD sur un appareil disposant un écran tactile orientable et muni d’une entrée mini-jack pour un peu plus de 900 euros, optique comprise ! On perd la compacité du Sony RX0 II, sa résistance aux chocs et aux éléments ainsi que quelques autres features, mais l’appareil dispose d’autres atouts (coucou l’autofocus).

Même au point de vue des caméras de poche, Sony arrive avec un nouveau messie, le RX100 VII. Ce dernier comporte un écran inclinable, une prise mini-jack (deux éléments décidément essentiels pour les vloggeurs), mais aussi un capteur d’un pouce, même format que celui de la RX0 II, et y ajoute un zoom et une meilleure stabilisation. On perd encore une fois la résistance aux conditions extrêmes de la RX0 II et le prix double quasiment (on passe de 800 à 1300 euros). En fonction de l’usage qu’on cherche à atteindre, on a donc trois solutions possibles, toutes comportant leurs forces et leurs faiblesses.

Là où le RX100 ou la A6100 se pensent comme des caméras principales, le Sony RX0 II n’a pas cette prétention et restera ce petit cube à emporter partout pour toujours avoir la possibilité de faire de belles images, d’avoir accès à des angles de vues inusités, de tourner à deux caméras ou en encore de réaliser un timelapse en simultané d’une prise d’images traditionnelle. A vous de voir si cela correspond à vos usages…

Je tiens à remercier Sony Bénélux de m’avoir prêté la Sony RX0 II. Les opinions exprimées ici ne reflètent que mon propre avis.


The Valet (2006) on IMDb

Réalisateur et consultant en production vidéo depuis 2007.
Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.