La Nuit au Musée ou la place de la vidéo dans un musée

Pour la première fois, j’ai des vidéos qui tournent simultanément dans trois musées ou expositions de la région liégeoise. Une petite révolution en soit tant j’ai toujours été très prudent quant à la place à accorder à des vidéos dans de telles institutions. Comme bien souvent, j’ai l’impression qu’on cherche à faire une vidéo simplement pour avoir une vidéo, sans se poser la question du rôle que doit jouer le médium dans cette situation précise ni de la forme qu’il doit adopter.

Si on reproche bien souvent aux musées d’être des institutions poussiéreuses, ce n’est à mon sens pas une justification nécessaire pour y faire entrer les écrans à tous prix. Quand on m’a approché fin 2015 pour mettre au points les vidéos du nouvel espace de l’Aquarium-Muséum de Liège, j’ai donc cherché quelques ressources en ligne afin de déterminer comment composer au mieux une réalisation adaptée au projet. J’ai été un peu déçu du peu de littérature disponible sur le sujet.

Quelle place pour la vidéo dans un musée?

Si on s’interroge bien souvent sur ce à quoi ressembleront les musées du futur, la réponse est loin d’être toute trouvée. On parle de multimédia, on est déjà à moitié dépassé en envisageant des applications mobiles, on rêve en envisageant le potentiel de la réalité virtuelle (qui a effectivement un potentiel énorme mais au coût correspondant). La vidéo n’est même plus considérée comme novatrice, ayant trouvé depuis longtemps sa place sur des écrans. A croire qu’à partir du moment où on a une image qui bouge, l’essentiel est fait.

Plus qu’à l’intérieur des musées, la vidéo est à présent considéré comme un vecteur de promotion à diffuser à l’extérieur pour attirer le public. Elle sert par exemple à présenter le travail et le point de vue des artistes ou à faire expliquer aux responsables d’une exposition la manière dont ils l’ont conçue, dans des formats toujours plus adaptés à la diffusion sur les réseaux sociaux.

Le questionnement semble donc se porter davantage sur la manière dont le Musée en tant que tel doit être mis en valeur, comme en témoigne encore le concours vidéo Musées (em)portables organisé par Museum Experts. Pourtant, la réflexion derrière ce type de concours n’est pas inintéressante puisque plutôt que de voir le musée communiquer vers l’extérieur, il interroge directement le public visé pour lui demander comment il voit le musée ou comment il reçoit une exposition.

A partir de ces quelques pistes, je me suis inspiré de ma propre expérience pour concevoir les vidéos. Ainsi, à mon sens, une vidéo dans un musée a plus d’un point commun avec une vidéo réalisée à destination du web : même si on a tendance à être naturellement attiré par ce médium, si les premières secondes ne captivent pas notre attention, si le rythme est trop lent ou la technique mal maîtrisée, on se détournera vite de l’écran pour aller voir ailleurs si on ne trouve pas quelque chose de plus intéressant. Le public est certes un peu plus captif, mais pas complètement prisonnier. Par contre, si une vidéo diffusé sur le web peut avoir sa vie propre, il me semble que la vidéo d’un musée ne doit pas vivre indépendamment du contexte dans lequel elle s’insère. Il faut qu’elle enrichisse et qu’elle soit enrichie par ce qui se trouve autour d’elle.

Où retrouver mes vidéos ?

Dans la salle TréZoor de l’Aquarium-Muséum de Liège

Un des plus grands défis auquel j’ai dû faire face en terme de réalisation vidéo ces dernières années. Il faut savoir que dans l’espace où se tient l’exposition, tous les écrans sont disposés de manière verticale, un choix conscient qui prend en compte autant la muséographie que l’espace restreint disponible. Du coup, j’ai dû filmer, puis monter, les cinq vidéos qui tournent dans l’exposition à la verticale.

En terme de matériel, ce choix s’est traduit par l’utilisation d’un appareil photo DSLR de type Reflex plutôt qu’une caméra traditionnelle, afin de pouvoir le basculer plus facilement et disposer d’un cadre 9/16e en lieu et place du 16/9e habituellement. Là encore, je me suis intéressé à la manière dont le format vertical était mis à profit ailleurs, mais les choses étaient encore timides de ce côté. Ma principale source d’inspiration fut alors le concours Nespresso Talents dont le but est de raconter une histoire dans une vidéo au format vertical. On trouve parmi les lauréats des réalisations vraiment très ingénieuses. Au niveau de la vidéo verticale, depuis 2015, la situation a bien évoluée puisqu’on retrouve à présent du 9/16e dans les réseaux sociaux, que ce soit sur Snapchat ou Facebook.

Le résultat est à découvrir dans la salle TréZoor. L’exposition est permanente.

Dans l’exposition “J’aurais 20 ans en 2030”

C’est un peu par hasard que j’ai une vidéo visible dans cette exposition qui prend place à la Gare des Guillemins, à Liège, dans le cadre du bicentenaire de l’Université de Liège. La demande des organisateurs de l’exposition était d’abord la mise à disposition de matière vidéo, à piocher dans les nombreux rushes qui ont été tournés depuis la création de la webTV de l’ULiège en 2011. Cette matière devait ensuite être réutilisée dans des productions propres. J’ai donc été un peu surpris en visitant l’exposition de constater qu’une de mes vidéos y était diffusée dans son intégralité.

L'expo

Le cas est donc très différent ici. Il s’agit d’un reportage traditionnel, réalisé initialement pour le web et qui n’a pas du tout pris en compte l’espace dans lequel il allait être intégré. De par sa forme assez passe-partout et par sa construction qui le rend tout à fait indépendant, le reportage ne détonne pas dans l’exposition, qui compte par ailleurs un (très) grand nombre d’autres écrans. C’est un peu l’exception qui confirme la règle.

Si vous êtes curieux, vous pouvez retrouver ce reportage qui traite de l’Aquaponie dans la partie “Alimentation du futur” de l’exposition “J’aurais 20 ans en 2030”, à la gare des Guillemins jusqu’au 03/06/2018.

Au sein de l’exposition “Art mécanique”

Pour cette exposition temporaire, je suis intervenu assez tard dans le développement du projet. La muséographie était déjà presque intégralement arrêtée et il était trop tard pour proposer une vidéo qui s’intègre parfaitement au reste de l’exposition. Il a d’abord été proposé de n’utiliser que des vidéos déjà existantes, légèrement remontées afin de correspondre à la thématique. Il est cependant bien vite apparu que sans y ajouter un nouveau contenu, le lien entre ce qui était prévu dans l’exposition et les vidéos allait être assez ténu.

En plus d’une ancienne vidéo, c’est donc un nouveau reportage que j’ai réalisé pour faire le lien entre les chercheurs liégeois d’hier et d’aujourd’hui, en utilisant à la fois de nouvelles interviews et des images d’archive. Mon implication ici est sans nulle doute plus modeste que pour l’Aquarium-Muséum de Liège, mais tend à prouver l’importance de disposer de la vidéo adéquate pour la moindre exposition.

Rendez-vous à la Maison de la Métallurgie et de l’Industrie de Liège jusqu’au 2 décembre 2018.

A travers ces trois cas de figure, j’ai donc pu me confronter à la place de la vidéo dans un espace muséal de manière très différente : quand elle était pensée de manière intégrée, quand elle était tout à fait improvisée, et quand il s’agissait de récupération. On peut en conclure qu’il n’y a pas de règle toute faite pour ce type de vidéo. Si elle est pensée dès le début, l’intégration peut être des plus réussie. Si elle intervient en fin de course, elle peut être plus hasardeuse, plus quelconque aussi, mais pas forcément plus dérangeante pour le public. Les musées du futur doivent-ils tous faire appel à la vidéo ? Je ne le crois pas. La vidéo est avant tout un médium devant lequel on est passif, or, ce que l’on recherche dans un musée, c’est la possibilité d’être actif. J’aurais donc tendance à préconiser une fonction de décor pour la vidéo et à ne pas hésiter à concevoir une interactivité autour d’elle.

N’hésitez pas à partager vos réflexions en commentaire.


Night at the Museum (2006) on IMDb

Réalisateur et consultant en production vidéo depuis 2007.
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