Marathon Man ou faire un film en 48h

Une fois n’est pas coutume, parlons de court-métrage sur ce blog. La semaine passée, j’ai enfin eu la possibilité de participer à un Kino Kabaret et de relever le défi de réaliser un film en 48 heures. Mais d’abord, quelques explications. Kino, comme nous l’apprend wikipédia, est un mouvement qui vient de Montréal et qui a pour devise « Faire bien avec rien, faire mieux avec peu, mais le faire maintenant. »

Répandue en cellules dispersées partout à travers le monde, l’expérience Kino se cristallise dans les Kabarets, des périodes de un à trois jours durant lesquelles les participants doivent réaliser des courts-métrages. Ouverts à tous, ces Kabarets n’ont le plus souvent pas de critères qualitatifs ou de genre imposé, tout au plus parfois une limite de temps.

Pour la deuxième année consécutive, la cellule de Kino Liège organisait son Kabaret et c’est là que j’ai choisi de tenter de réaliser un film. Avant de partager avec vous la façon dont j’ai vécu ces trois jours, cassons le suspense avec le résultat : Not Your Usual Speed Dating. Vos critiques, positives ou négatives, sont bien sûr bienvenues en commentaire.

Trois jours pour faire un film ? C’est largement suffisant me direz-vous. Effectivement, vu de l’extérieur, ça peut paraître très facile. En pratique, toute personne ayant tenté l’aventure vous dira qu’on peut se casser très rapidement les dents. Lorsqu’on débarque sur place sans idée précise, sans connaître personne, rien n’est gagné.

Mais je ne venais pas les mains dans les poches. Ce Kino était pour moi l’occasion de mettre en images un scénario que j’avais écrit il y a quelques années, laissé de côté car sans possibilité d’en faire quelque chose. Résolument simple mais (je l’espère) efficace, c’était taillé pour un Kabaret.

Premier Jour

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La première journée du Kino Liège a débuté par une réunion de production où tous se sont présentés : réalisateurs ayant un projet (et ce dont ils avaient besoin pour le réaliser), techniciens, comédiens, … Cette étape est déterminante. Je ne connaissais presque personne en arrivant à la Caserne Fonck au matin.

J’ai donc présenté mon projet en quelques mots. Je ne pense malheureusement pas être très convaincant lorsqu’il s’agit de pitcher un film, mais les kinoïtes ne jugent pas. Tout le monde est là pour aider. Sitôt de retour à ma place, une personne me propose un lieu de tournage. C’est aussi l’occasion de voir les comédiens se présenter et de savoir qui pourra venir apporter son aide sur le projet.

J’ai tout de suite trouvé mes comédiens. Nikola m’a lui-même abordé sans rien connaître du scénario. Une chance, il convenait parfaitement au rôle. C’est moi qui suis allé vers Marie. Je l’avais remarqué à la soirée de bienvenue – mon instinct me disait qu’elle était comédienne – et physiquement, elle formait un bon duo avec Nikola.

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Pour mes projets précédents, je suis toujours passé par un casting. Un Kabaret ne s’y prête pas du tout et c’est un double pari : pour moi qui n’avait pas vu mes comédiens jouer et pour eux qui ne connaissaient quasi rien du scénario. Nous avons terminé la journée par quelques lectures, ce qui m’a rassuré.

L’équipe technique a été facile à rassembler grâce à Xavier, kinoïte d’expérience. Je suis allé le chercher, ayant discuté avec lui la veille. Je trouvais que m’entourer de quelqu’un connaissant le déroulement d’un Kino était judicieux. En pratique, ma collaboration avec Xavier, Marie et Niko a dépassé toutes mes espérances.

Techniciens, comédiens, figurants… Au terme d’un peu plus d’une demi-journée, j’ai réuni tous les membres du tournage. Le décor aura été un peu plus long à trouver, mais heureusement, un de mes figurants propose son appartement. Les repérages prendront une bonne partie de l’après-midi mais finiront par porter leurs fruits.

Deuxième Jour

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Rendez-vous à 9H le lendemain. Tous ceux qui ont déjà travaillé sur un court-métrage sauront d’avance que l’équipe n’était vraiment réunie que vers 10H. A partir de là, et une fois sur le lieu de tournage, tout s’enchaîne sans à-coups. Les comédiens sont au point (ils ont eu à peine une demi-journée pour apprendre leur texte !) et si nous sommes un peu ralentis à la technique, c’est seulement pour être sûr d’avoir tout le matériel nécessaire.

Seul bémol : nous avions donné rendez-vous aux figurants et seconds rôles bien trop tôt. Une erreur d’organisation qui, si elle n’a eu aucun impact sur le tournage, leur aura fait attendre inutilement une bonne partie de la matinée. Ricardo, si tu me lis, je le regrette encore…

Mis à part une courte pause-déjeuner (par chance, nous ne sommes qu’à deux pas de la Caserne Fonck et de notre cantine), la journée se fera sans interruption. Une bonne partie se tournera au même endroit, avant qu’à 17H passées, nous partions pour l’autre décor, à cinq minutes de marche.

Le tournage se termine enfin vers 20H, après une journée intensive de 10H de travail.

Troisième Jour

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Je triche un peu… En fait, à la fin du deuxième jour, j’ai passé mon temps à transférer les fichiers vidéos et sons pour les préparer au montage, et à synchroniser tous nos plans (puisque le son et l’image avaient été enregistrés séparément – DSLR inside). J’ai terminé ma journée à 2H du matin et j’ai repris du service à 7H. Je n’ai pu commencer le montage proprement dit que vers 11h30, mais à ce moment-là, j’avais tout mon plan de travail parfaitement organisé.

J’ai gagné un temps fou grâce à notre merveilleuse scripte qui a tout pris en note durant le tournage. Le poste de scripte est quelque chose qu’on négligerait facilement pour un Kino Kabaret. A tort. On manque trop souvent de temps pour le montage. Grâce à un scripte, qui nous dit quelles sont les bonnes prises et celles qui sont bonnes à jeter, on sait davantage où on va.

Jusqu’à 19h, je suis resté vissé à ma chaise pour terminer le montage du film. Moi qui aime habituellement prendre mon temps, j’ai été servi… Je garde néanmoins un excellent souvenir de cette épreuve, puisque j’ai effectué tout mon montage au Kino Lab, parmi les autres monteurs et réalisateurs, tous en train de finaliser nos projets respectifs et de pester contre le manque de temps. Forcément, ça créé des liens…

Simultanément, j’ai reçu l’aide d’un compositeur, qui a passé deux heures de son temps à travailler sur les pistes sonores pour le film sans en avoir vu une image, uniquement sur base du scénario.

La projection était prévue pour commencer à 20H. Comme quelques autres, mon ordinateur était encore en train de travailler sur le rendu du film à cette heure-là. Que la projection débute finalement à 21H n’a eu l’air de surprendre personne. In extremis, mon court-métrage était terminé, sur une clef USB, prêt à être projeté. Si vous n’étiez pas là, il va falloir me croire sur parole : le film a été très bien reçu.

Les quinze ou vingt films qui ont été projetés ce soir-là n’étaient pourtant qu’une partie de la production de ce Kino Liège. Certains films n’ont pu être prêts à temps, et d’autres n’ont présenté qu’un fragment de leur travail. Malgré ça, il faut avouer que la diversité des films projetés reste une grande force de l’expérience Kino.

Réaliser un court-métrage en 48H (si on ne compte que la partie technique) est donc possible, et c’est même quelque chose que je recommande d’essayer. Pour ma part, je vais réfléchir à ce que je pourrais tenter d’autre durant un Kino, et j’espère vous voir à la prochaine édition du Kino Liège.


Marathon Man (1976) on IMDb

Réalisateur et consultant en production vidéo depuis 2007.
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