Un post mortem de la 2e saison de Vivre Au Canada.tv

Vivre Au Canada.tv, c’est une webTV que j’ai créé en 2010 et qui a diffusé des vidéos sur le Canada de manière hebdomadaire pendant un an, soit une cinquantaine de vidéos abordant la culture, les traditions, les démarches administratives à effectuer pour y vivre ou simplement les choses à voir et les incontournables du pays à la feuille d’érable.

En 2011, j’ai donc mis fin à la webTV, par manque de temps et de moyens. J’avais à l’époque développé l’entièreté de la webTV sur mes fonds propres, et ma vie professionnelle m’emmenait vers d’autres horizons. Dans les années qui ont suivi, j’ai été étonné du nombre de vues croissant que récoltaient les vidéos, au point de vouloir relancer le projet en cherchant des financements extérieurs. La tentative avait été un échec.

Il m’aura fallu attendre encore dix ans pour réussir à produire une 2e saison à ma webTV, pour finalement y parvenir en 2025. Je partais donc confiant sur le succès qu’allait rencontrer cette nouvelle fournée de vidéos. En 2014, n’avais-je pas produit deux vidéos qui, avec des sujets pourtant modestes, avaient bien fonctionné ? Peut-être était-je un peu trop confiant…

Comparé à la première saison, où j’avais profité de mes quasi 18 mois sur place pour varier les angles et les sujets au fil des saisons et de mes démarches, je n’avais cette fois que trois semaines pour boucler le tournage. Mon itinéraire était tout tracé et j’avais « juste » l’est du Canada pour terrain de jeu. J’ai rapidement essayé de démarcher quelques partenaires, mais sans obtenir une seule réponse positive, un changement majeur par rapport aux années 2010, qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Avec l’omniprésence aujourd’hui des Youtubeurs, Tiktokeurs et Instagrammeurs en tout genre, les organismes officiels ou touristiques sont évidemment sursollicités.

J’ai donc construit cette seconde saison avec une feuille de route moins ambitieuse qu’initialement prévu, mais en ayant récolté assez de matière pour produire une douzaine de vidéo, diffusées à raison d’une par mois. Alors que cette saison arrive tout doucement à son terme, il est temps de tirer un bilan de l’expérience.

YouTube, un puits sans fond

Depuis 2014, pas mal de choses ont changé. En premier lieu, YouTube s’est métamorphosé en un gouffre. Le nombre de contenus mis en ligne a explosé de manière exponentielle, et il est difficile aujourd’hui de s’y faire une place au soleil. Si j’étais en 2010 un des premiers à offrir du contenu francophone sur le Canada, je suis aujourd’hui une aiguille dans la botte de foin des créateurs de contenu. Je vous invite à (ne pas) aller voir les vidéos de Bruno Maltor, mais la concurrence est maintenant rude sur ce segment.

Sans parler des changements effectués au niveau de l’algorithme, YouTube m’a aussi relégué très loin dans les résultats de recherche. N’ayant pas mis de nouvelle vidéo en ligne depuis dix ans, mon nombre de vues s’est peu à peu érodé, au point que j’ai perdu mon statut de partenaire (et les revenus qui allaient avec), YouTube ayant également changé les règles à ce niveau.

Il est donc peu probable que ne serait-ce qu’un quart des 6 000 abonnés à la chaîne ne voient les vidéos arriver dans leur flux.

Même si je n’ai jamais quitté YouTube en tant que créateur, je me suis aussi rendu compte que l’écosystème des vloggeurs avaient développé ses propres pratiques, à commencer par la systématisation des miniatures faites par intelligence artificielle. J’ai testé pour voir la différence en termes d’impact (spoiler : aucune), mais ça allait complètement contre mes valeurs (les visuels faits à l’IA ? 🤮).

A ce stade, le bilan est assez mitigé. Quand je relis mon post-mortem de la première saison, je me rends compte que j’étais déjà un peu déçu du résultat. C’était avant que certaines de mes vidéos ne dépassent les 100 000 vues avec le temps. Aucune des vidéos mises en ligne n’a cette fois dépassé les 1000 vues sur YouTube. Mais je me réserve encore le droit d’être surpris. Peut-être que là aussi, elles trouveront leur public au fil des années.

Diffuser : où, comment, vers qui ?

En 2010, les vidéos de Vivre Au Canada.tv étaient diffusées simultanément sur YouTube, Facebook, Dailymotion et Vimeo. J’ai dû finalement délaisser cette dernière plateforme, Vimeo s’étant peu à peu réorienté vers le B2B, laissant les créateurs sur le carreau.

Je ne vais même pas parler de Dailymotion, qui avait à l’époque mis ma vidéo sur Toronto en homepage, me permettant de récolter 3 000 vues en quelques heures (ça paraît dérisoire à l’heure des millions de vues sur TikTok, mais c’était énorme). On sait ce qu’est devenu Dailymotion depuis…

Restait ma communauté. Là aussi, les choses avaient changé. Alors que j’avais développé un réseau de 2 500 followers fidèles sur Twitter, la plateforme a sombré dans le grand n’importe quoi suite à son acquisition par un milliardaire peu recommandable. J’ai peu à peu diminué mon nombre de publications sur ce réseau social, jusqu’à l’abandonner définitivement en 2024.

Sur Facebook, il y a beau y avoir plus de 13 000 personnes qui suivent la page, il est aujourd’hui impossible d’atteindre ces abonnés sans mettre la main au portefeuille. Pas de chance, je n’ai toujours pas de budget pour booster mes publications. Mes efforts sur les autres plateformes de Meta, à savoir Instagram ou Threads, n’ont porté aucun fruit. J’avoue qu’après six mois, je trouvais ça un peu décourageant. Il n’y a aujourd’hui plus de grande place publique comme l’était Twitter à ses débuts, mais une multitude de petits réseaux plus difficile et plus chronophage à investir. Les algorithmes n’aident pas non plus.

Le bilan est donc moins positif que je ne l’espérais. J’ai eu l’impression de repartir de zéro, ayant sans doute trop attendu pour surfer sur le succès que rencontrait la première saison. Mais peut-être aussi que les attentes vis-à-vis de ce type de vidéos ont changé. Je n’ai en effet pas révolutionné le modèle initial et, si les vidéos d’aujourd’hui cherchent à tout prix à capter l’attention et à la conserver en utilisant tous les effets possibles, je ne me suis pas engagé dans cette voie.

Certaines vidéos ont quand même bien fonctionné. C’est toujours une surprise quand la vidéo sur laquelle vous travaillez le moins et pour laquelle vous n’avez aucune ambition dépasse sans mal les 8 000 vues sur Facebook… Ça prouve au moins que, quand le réseau social veut bien amener la vidéo jusqu’aux abonnés de la page, le résultat est là.

Si vous voulez découvrir le résultat, n’hésitez pas à visiter le site web ou la chaîne YouTube. Vous pouvez soutenir le projet : en partageant les vidéos, ou financièrement (soyons fous !) via Open Collective.

Malgré des résultats en deçà de mes espérances, je ne fais pas une croix sur une 3e saison de Vivre Au Canada.tv, surtout si celle-ci pouvait se construire autour de vrais partenaires, pour un résultat plus ambitieux. Avis aux intéressés !

Réalisateur et consultant en production vidéo depuis 2007.
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