Assister au lancement d’une fusée à Kourou

N’importe qui peut assister au lancement d’une fusée. Si ça peut paraître évident à certaines personnes, j’ai été assez surpris de l’apprendre quand, en 2016, j’ai été amené à suivre l’équipe de chercheurs en charge du projet de nano-satellite OUFTI-1 jusqu’à Kourou, en Guyane française. Il faut bien sûr faire quelques démarches, mais elles sont particulièrement simples et donc à la portée de tous. Pour peu qu’on soit à Kourou au moment d’un lancement, évidemment.

Quelles démarches pour assister à un lancement ?

Saviez-vous que toutes les fusées Ariane sont lancées depuis Kourou ? Oui, mais de où exactement ? Dès l’arrivée à Kourou, un rond point sur lequel on découvre la maquette d’une fusée en plein décollage prouve qu’on est au bon endroit. Les premiers panneaux indiquant le Centre spatial guyanais, aussi connu sous le nom de port spatial de l’Europe, apparaissent rapidement. Le Centre spatial guyanais, ou CSG, est l’unique base de lancement d’Europe. C’est donc de là que sont lancés les fusées Ariane, mais également des fusées Soyouz (suite à un accord entre l’Europe et la Russie) et des fusées Vega (pour les plus petites charges).

Le CSG est la plupart du temps accessible au public (du moins en partie), sauf les jours de lancement. Ces jours-là, il faut montrer pattes blanches avant même d’arriver sur le parking et pour y parvenir, pas de secret, il faut posséder une invitation. C’est assez facile à faire, puisqu’il suffit d’adresser une demande d’invitation au Service des Relations Publiques du Centre Spatial Guyanais (qui peut se faire en ligne ou par courrier).

La marche à suivre est identique qu’il s’agisse d’un lancement Soyouz (c’était mon cas), d’un lancement Ariane ou d’un lancement Vega. Une invitation vous est alors attribuée, et vous permet d’avoir accès à l’un des autres sites d’observation, tout en bénéficiant de la retransmission vidéo sur grand écran pour se tenir au courant du déroulement des opérations de lancement.

Lors de la demande, il faut spécifier le site d’observation auquel on souhaite accéder. Car oui, il y en a plusieurs, situés à plus ou moins grande distance du site de lancement. Ils portent des noms comme Agami, Ibis, Vénus ou Toucan et sont situés de 5 à plus de 20 kilomètres des pas de tirs. Pour compliquer les choses, il faut noter qu’en fonction du type de fusée (Ariane, Soyouz ou Vega si vous avez suivi), le site de lancement est différent. Il faut donc choisir, et bien choisir, son site d’observation en fonction de la fusée qu’on vient voir décoller.

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Certains sites d’observations sont plus prisés que les autres et sont parfois totalement réservés aux clients des lancements. C’est le cas du site Colibri et, bien souvent, du site Jupiter, qui est en fait la tour de contrôle des lancements.

A l’inverse, il y a aussi un site d’observation en accès libre (sans invitation donc), le site Carapa. Situé à 12,5 km de la zone de lancement Ariane, il est accessible sans contrainte horaire ni restriction d’âge, contrairement aux autres. Vous êtes à Kourou mais vous n’avez pas reçu votre précieux sésame ? Vous pouvez aller sur le site Carapa sans problème, sauf si l’affluence est particulièrement importante ce jour-là. Notez aussi qu’il y a une sacrée côte à gravir à pied !

La question des reports

Ce n’est pas un secret, pour qu’une fusée décolle, il faut que toutes les conditions soient réunis. Un seul grain de sable dans les rouages et c’est le lancement qui est annulé. Si cette volonté d’éviter de gaspiller plusieurs millions est tout à fait compréhensible, elle ne rend pas les choses faciles pour le voyageur qui a son billet d’avion en poche et qui ne peut pas vraiment se permettre d’annuler à la dernière minute.

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Ce qu’il faut savoir, c’est qu’un lancement peut être annulé soit avant les deux-trois semaines précédant son départ (pour une question technique le plus souvent), soit les deux ou trois jours qui précèdent (à cause de la météo la plupart du temps). Une annulation à trois semaines du départ ne permet pas forcément de changer facilement son billet d’avion, mais ça permet d’adapter ses plans en conséquences. Une annulation la veille ou l’avant-veille du lancement est moins grave, puisque souvent synonyme d’un report de 24h ou 48h.

Dans mon cas, je savais trois semaines avant le départ que tout était en ordre. J’ai donc pris l’avion comme prévu pour arriver à Cayenne, et de là rejoindre Kourou. Sur place, les choses se sont un peu compliquées puisque j’ai eu le droit à deux reports pour cause de météo et d’un autre pour cause de problème technique. Le lancement auquel j’ai assisté aura finalement eu lieu trois jours après la date annoncée. Il n’aurait pas pu être reporté davantage : au-delà, le carburant déjà placé dans le lanceur n’aurait plus été viable.

Si vous prévoyez d’assister à un lancement, mieux vaut donc prévoir un emploi du temps assez souple.

Sur place

Le report, s’il a été un peu dur à gérer au niveau du stress chez l’équipe que j’accompagnais, m’a néanmoins permis de me rendre sur plusieurs sites d’observation. Le site Colibri, à 5km du lanceur Soyouz, était le plus impressionnant. Comme pour les autres sites, le départ se faisait depuis le siège du Centre spatial Guyanais, en bus. Les installations du CSG s’étendent en effet sur plusieurs hectares, dans lesquels on ne circule pas librement.

Après s’être fait contrôlé à l’entrée, on nous remet une notice expliquant ce que nous allons voir ainsi qu’un badge indiquant le numéro du bus qui va nous emmener sur le site. Une fois confortablement installé dans le bus, je m’attends à la fin des contrôle. Il n’en est rien puisqu’il faut encore passer par d’autres postes de sécurité lors du trajet, gardés par des légionnaires. Certains montent dans le bus contrôler que tout le monde dispose bien de son badge avant de nous laisser continuer.

Le site Colibri, comme les autres, est perdu au beau milieu de la savane qui constitue la majeure partie du terrain couvert par le CSG. Une grande tente a été installée pour accueillir les invités et des rafraîchissements nous attendent. A l’autre bout d’une prairie, j’aperçois le lanceur Soyouz. La tension monte ! Mais après quelques minutes d’attente, on nous invite à remonter dans le bus. Le lancement est reporté.

Je ne peux malheureusement qu’imaginer le bruit et les tremblements qu’on ressent sur le site Colibri, puisque c’est finalement depuis la salle Jupiter, à 23km de la fusée, que j’ai vu la Soyouz s’élancer dans les airs. Si je n’ai pas ressenti le souffle du lancement de la même façon, je n’en ai pas moins assister à un spectacle extraordinaire. Dans la salle Jupiter, on peut observer l’équipe responsable du lancement s’agiter devant leurs écrans de contrôle – on imagine facilement la sueur perler sur les fronts. Le stress monte à nouveau mais tous les indicateurs passent au vert.

On nous invite à passer sur les terrasses extérieures et, après le décompte tant attendu, on aperçoit la fusée Soyouz s’élever dans les airs, une grande traînée de fumée derrière elle. Quelques secondes plus tard, c’est le bruit du décollage qui nous parvient, étourdissant. Je suis trop loin pour que des bouchons d’oreilles soit nécessaire, mais le son n’en est pas moins impressionnant. La fusée continue son incroyable ascension et devient rapidement une simple étoile.

Si le lancement auquel j’ai assisté avait lieu de jour, on peut aussi assister à des lancements de nuit et suivre l’envol majestueux du lanceur vers les étoiles. Il paraît que ça vaut vraiment le coup d’œil.

Enfin, sachez que si, par manque de chance, vous ne vous trouvez pas à Kourou mais à Cape Carnaveral, vous avez également la possibilité d’assister à un lancement via le Kennedy Space Center.

Infos pratiques :

Demandes d’invitations en ligne ou demande par courrier à adresser à :
CNES/Centre Spatial Guyanais – Service Communication
BP 726 – 97387 Kourou cedex
Tél. : 05 94 33 44 53 – 05 94 33 44 82
visites.csg@cnes.fr – http://www.cnes-csg.fr
Pour accéder aux sites d’observation du Centre spatial guyanais, vous devez obligatoirement présenter votre invitation et une pièce d’identité en cours de validité.

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